30° Degrés Magazine - Chris Schmid

Chris Schmid
L’AFRIQUE AU CŒUR

Texte: 30° Degrés Magazine: Claude Hervé-Bazin | Photo: Chris Schmid

C’est la passion de l’image et la force émanant de la nature préservée qui ont, peu à peu, conduit Chris Schmid à la photographie animalière. L’Afrique l’a envoûté et a changé son destin. Le voici devenu porte-parole du monde sauvage et, plus encore, de ses sujets de prédilection : les grands fauves.

Sa passion de la photo se dessine dès l’enfance. « Gamin, je potassais fasciné Chasseur d’images et National Geographic », se remémore en souriant Chris Schmid, aujourd’hui âgé de 34 ans. Avec un petit réflex, il aiguise son œil dans un parc de Perly, enchaînant les macros de petites fleurs — « sans utiliser trop de pellicule, parce que ça coûtait cher ». En 2005, à 20 ans, le jeune homme aligne des chronos d’enfer : 53 secondes au 100 m nage libre. Le voilà qui part se perfectionner en Australie. Une découverte, qu’il immortalise grâce à un Nikon D70 flambant neuf — son premier numérique. Sept mois durant, il nage et, à peine séché, mitraille ce qu’il voit ! Le retour en Suisse est plus incertain jusqu’à ce que, en 2007, Chris soit sélectionné parmi les finalistes des Sony World Photography Awards pour une image montrant les pieds de nageurs s’élançant de leur plongeoir. Ce départ annonce celui de sa carrière. Le jeune photographe couvre les Jeux olympiques de Pékin, puis ceux de Londres.

L’Afrique l’envoûte

Les voyages, désormais, font partie de sa vie. En 2013, Chris met pour la première fois le pied en Namibie. Un coup de foudre. « Ce continent est une drogue. Plus on y va, plus on a envie d’y aller. Se retrouver seul au milieu des grands espaces du Namib avec un ciel étoilé jusqu’à l’horizon, ou se frotter au mode de vie rustique des Massaï au Kenya, ce sont des moments inoubliables. » Chris Schmid les immortalise sans flash ni artifice, guidé par cette envie de « partager avec un maximum de gens et de leur donner envie de se plonger au cœur de cette nature qui nous entoure et sans laquelle on n’est rien. »

La photo est désormais pour lui un « moyen d’éduquer le public sur le patrimoine naturel » — et de grandir lui-même. D’ailleurs, affirme-t-il, « comme dans le sport, pour réussir, il faut tout connaître du sujet que l’on photographie ». Se documenter. Être persévérant. Anticiper les besoins et les réactions de ses sujets, connaître leurs limites et les raisons de leurs réactions. Savoir lire les empreintes, reconnaître les bruits, les cris. Plus essentiel encore : ne pas compter son temps. Chris suit souvent les mêmes félins des semaines durant, jusqu’à ce que sa présence leur devienne coutumière. C’est alors qu’ils expriment le mieux leur vérité, leur individualité. Sa devise ? « Ne pas pousser les animaux dans leurs retranchements. Se contenter d’observer. »

De la photo à la vidéo

Aujourd’hui, le jeune homme jouit du statut prestigieux d’ambassadeur Sony et est représenté par National Geographic. Ses images paraissent dans le NG, le magazine de la BBC Discover Wildlife, Géo. Il organise des ateliers et des safaris photo, donne des conférences, collabore avec la fondation WildAid et l’ONG animalière Born Free. À la photo, il a ajouté la vidéo, sans rechigner sur la technique : caméras numériques haute performance, drone, nacelles stabilisées… tout est bon pour ramener les meilleures images possible.

À un premier film dédié aux gauchos brésiliens en 2017, a succédé, l’année passée, The Frozen Warriors, consacré aux bœufs musqués affrontant l’hiver arctique — distingué aux LA Film Awards et LA Short Awards. Un nouveau documentaire est en cours de production : The African Survivors, mettant en scène la lutte pour la survie des fauves africains dans le parc tanzanien de Ruaha et au-delà. Lions, guépards, léopards et lycaons y tiennent les rôles centraux, sur fond de savane sèche et de berges-oasis, de chasses épiques et de confrontations déterminées par la force brute.

D’autres aventures encore ? Le Serengeti et ses lions perchés. Le désert du Namib et ses lions assoifés, menacés par la difficile coexistence avec les éleveurs — un projet pour lequel Chris Schmid s’est vu attribuer une bourse par le National Geographic. Le défi, dans tous les cas ? « Essayer de saisir ce moment fugace qui résume l’âme de l’animal.

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